Jusqu'au 28 novembre 2010, près d’une soixantaine d’artistes de l’Abitibi-Témiscamingue sont en vedette à Montréal dans le cadre d’AT@MTL, un événement spécial dans le réseau Accès culture

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Le cinéaste Patrick Pellegrino a accompagné l’artiste graveur Roger Pelerin en pleine effervescence créatrice, alors que ce dernier travaillait à un recueil relatant l’histoire de l’Île Nepawa, sur le Lac Abitibi. Il en résulte un fort beau film de soixante-quinze minutes sans le moindre temps mort: Roger Pelerin: là où l’on s’arrête en passant.

Le parcours de l’homme est semé de moments exaltants et de périodes nébuleuses. Sa vie n’a rien de banale, même s’il vit dans la plus authentique forme de simplicité volontaire depuis plus de vingt ans. Ayant quitté Montréal pour un retour à la terre, il a choisi l’Île Nepawa, un endroit presque désert, qu’il habite depuis. «En vingt ans, je ne suis retourné à Montréal qu’une seule fois! Je suis pas mal fier de ça.»

Patrick Pellegrino, grâce à son écoute et à sa grande sensibilité, parvient à dévoiler l’âme d’un type à qui l’on s’attache sincèrement. L’artiste se révèle extrêmement touchant à plusieurs moments, notamment lorsqu’il explique, avec beaucoup de tendresse dans le regard, la gravure de la maison de ses grands-parents (illustrée de mémoire). Il évoque aussi, avec une pointe de nostalgie, l’époque où il faisait partie du fameux collectif L’Inphonie (il fut l’illustrateur du Manifeste de l’Infonie, en plus de signer le générique de certains films de son ami Raoul Duguay). Sa conjointe, l’excentrique artiste Renée Cournoyer, occupe une place importante dans le documentaire. Personnage hors-norme, elle fini aussi par nous émouvoir, par sa démarche artistique non-conventionnelle et ses efforts pour renoncer à la bouteille.

S’il a passé une bonne partie de sa vie «dans un état second», Pelerin est aujourd’hui sobre et au sommet de son art. Son recueil de gravures sur l’Île Nepawa est franchement impressionnant. Ce coin de pays reculé est d’ailleurs étonnament riche en histoire et constitue, en effet, un excellent sujet. Le Lac Abibiti était, autrefois, l’équivalent d’une autoroute qui permettait de voyager du sud du Québec jusqu’à la Baie James!  Beaucoup de gens s’y sont installés, à différentes époques: des autochtones de passage et d’autres plus établis, puis les colons pour la traite de la fourrure, à la Pointe à l’Indien. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour qu’on y fonde un village, mais il manquait quelques familles pour arriver au nombre nécessaire, soixante. Puis, des communautés de hippies y ont élu domicile, pour un temps.  Eux aussi sont repartis, pour la plupart. Beaucoup de maisons démolies témoignent encore de cette époque récente.  Maintenant, des touristes en quête d’espaces sauvages et de paradis de la pêche viennent y visiter le verger (rare en Abitibi) et l’un des derniers ponts couverts de la province.

Lorsqu’on l’invite à faire partie d’une exposition, Roger Pelerin se fait un point d’honneur d’accepter: «Ça me stimule, c’est ça qui me sort de ma coquille.» Mais l’artiste, libre, n’a pas envie de se conformer et d’expliquer sa démarche, et se sent bien en-dehors du marché de l’art. Il cite Picasso: «Je ne cherche pas, je trouve!». 

 

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